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«Le temps retrouvé dans le parc des sculptures», par Valérie Debieux

  • Photo du rédacteur: Valérie  DEBIEUX
    Valérie DEBIEUX
  • il y a 29 minutes
  • 2 min de lecture

Il est des après-midi qui semblent s’affranchir du cours ordinaire des heures. On y entre sans y prendre garde, comme on franchit le seuil d’un jardin ancien, et soudain le monde ralentit. Le temps cesse d’être une succession de minutes pour devenir une présence, presque une respiration. C’est ce que j’ai ressenti en retrouvant le parc des sculptures, ce lieu où l’art et la nature se répondent avec une simplicité désarmante.

 

Les œuvres, disséminées entre les arbres, ne cherchent pas à dominer le paysage ; elles semblent au contraire avoir toujours appartenu à cette montagne. Le regard passe de la pierre au feuillage, du bronze aux nuages, sans rupture, comme si la création humaine prolongeait silencieusement celle de la nature.

 

Puis la musique s’est élevée.


 

Quelques archets, le souffle discret des cordes... Rien n’avait besoin d’être démontré. Les notes circulaient librement entre les troncs, portées par un vent léger qui apportait le parfum des herbes chauffées par le soleil. Les cigales poursuivaient leur obstinée cantilène, sans troubler le concert ; elles en devenaient les complices. L’air pur de la montagne semblait donner à chaque phrase musicale une transparence particulière, comme si les sons eux-mêmes avaient trouvé ici leur véritable demeure.

 

Je songeais alors que certaines joies ne s’expliquent pas. Elles ne tiennent ni à l’éclat d’un événement ni au caractère exceptionnel d’un instant, mais à cette mystérieuse harmonie qui unit un lieu, une lumière, quelques êtres réunis pour écouter, et cette musique qui, l’espace d'un moment, suspend tout le reste. Ce sont ces instants-là que la mémoire conserve avec une fidélité presque miraculeuse. Longtemps après que les dernières notes se sont éteintes, il suffit parfois d’un souffle de vent, d’une odeur de résine ou du chant d’une cigale pour les voir renaître, intacts, dans le silence du souvenir.


 

Le 15 août prochain, à 18 h 30, ce parc accueillera une nouvelle rencontre musicale. Autour du flûtiste Manuel Astudillo Quintero et d’un remarquable ensemble de musiciens, le public sera invité à parcourir un programme où dialoguent Mozart, Frank Martin et Mieczysław Weinberg. Il ne s’agira pas seulement d’un concert, mais d’une promenade intérieure, où les sculptures, les arbres et la musique composeront ensemble cette parenthèse si rare que notre époque nous offre trop peu souvent.


 

Et l’on repartira sans doute avec cette impression si chère à Proust : celle d’avoir retrouvé, pendant quelques instants, non pas le temps perdu, mais un temps délivré de toute urgence, où il devient enfin possible d’écouter, de regarder, de respirer... et d’être simplement présent au monde.

 

 

Valérie DEBIEUX (20 juillet 2026)



©Photographie et vidéos Valérie Debieux

 
 
 

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