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"Agatha Christie, le chapitre disparu", Brigitte Kernel

  • Photo du rédacteur: Valérie  DEBIEUX
    Valérie DEBIEUX
  • il y a 4 jours
  • 3 min de lecture

Le 3 décembre 1926, Agatha Christie se volatilise de son domicile. Au volant de sa Morris Cowley, elle prend la fuite après avoir appris l’infidélité de son mari, alors même qu’elle se trouvait encore profondément affectée par le décès de sa mère tant aimée : « Fuir ce monde, rejoindre Newland Corner, abandonner mes forces, mon passé, mon futur dans l’étang de Silent Pool. […] Habitée par l’insupportable image du couple formé par Archie et cette Nancy Neele, je poursuivis mon chemin. Respirer devenait difficile, je haletais en raidissant mon corps. […] Hébétée, je quittai mon siège et claquai la portière. J’avançai à petits pas dans la brume et, enfin, découvrit l’étendue sombre de Silent Pool. […] Quand je me réveillai, mes mâchoires tapaient l’une contre l’autre. J’étais finie, je n’avais plus qu’à attendre la mort, elle se déroulerait non comme je l’avais planifiée, dans les eaux sombres de Silent Pool, mais sur cette route, vers le lieu-dit de Newland Corner. À moins quinze degrés, le corps humain ne tient pas longtemps. Le froid serait mon assassin. »

 

Redoutable romancière, Agatha Christie plonge dans sa propre fiction et organise sa disparition : « Les écrivains, à force d’inventer des histoires, connaissent bien, je crois, la technique propice à faire monter l’anxiété chez le lecteur. Bien sûr, pas les auteurs de romans sentimentaux. Ils n’ont pas d’outils à proprement parler puisqu’ils ne privilégient pas l’énigme, mais les émotions. Mais les créateurs de romans policiers comme moi ou Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes, sont forcément maîtres en l’élaboration de plans. Conan Doyle et ses personnages, le Docteur Watson, Mrs Hudson, l’inspecteur Lestrade… Sans eux, sans la lecture de leurs aventures, adolescente, jamais je ne me serais lancée à écrire des suspenses. »

 

Ainsi, sans l’avoir véritablement voulu, elle devient encore plus populaire grâce à ce périple qui l’aura conduite à Harrogate, dans le Nord de l’Angleterre, au Swan Hydropathic Hotel où tout commença… Mais si Agatha Christie adore écrire des romans policiers, il en va tout autrement dans sa vie privée : « J’aime plus que tout les cadres de vie sûrs et sereins, les amitiés de longue date jamais remises en question, les couples qui durent, les domestiques fidèles et les chaussures solides dont l’usage dépasse deux ou trois années. Qu’un élément trouble la routine de mon quotidien, et c’est l’anxiété qui s’abat. Il n’y a vraiment que dans l’écriture où je n’ai pas peur des ombres portées. »

 

Brigitte Kernel s’est glissée avec brio dans la peau d’Agatha Christie. Onze jours durant, elle a sillonné l’Angleterre, sur les traces de son héroïne, pour mieux s’imprégner de cette fuite rocambolesque. À la fois fascinant, troublant et éblouissant, ce roman au style limpide transporte le lecteur dans un rythme soutenu, avec faste et volupté, non sans humour. Le lecteur se sent rapidement aspirée dans cette aventure palpitante…    

 

Valérie DEBIEUX (janvier 2016)


(Flammarion, janvier 2016, 263 pages)


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Il y a cinquante ans, le 12 janvier 1976, s'éteignait Agatha Christie, laissant derrière elle bien plus qu’une œuvre : une façon d’habiter le monde par l’énigme, l’observation et le mouvement. Elle aimait les trains comme on aime les parenthèses : pour ce qu’ils suspendent, rapprochent et révèlent. Dans les wagons immobiles du Simplon-Orient-Express pris par la neige comme dans les salons feutrés traversant l’Europe et l’Orient, elle a trouvé un théâtre idéal pour sonder les âmes.

Dans son Dictionnaire amoureux des trains, Jean des Cars lui rend un hommage délicat : il rappelle combien le train fut pour elle une matrice romanesque, un monde clos où le temps se dilate, où le crime devient presque une affaire de géométrie humaine. Le train, écrit-il en substance, n’est jamais chez Christie un simple moyen de transport : il est un personnage, une chambre d’écho de l’Histoire, des guerres, des frontières, et de l’intime.

Ainsi voyage encore Agatha Christie : entre les rails de la mémoire et ceux de l’imaginaire, éternelle passagère de nos nuits de lecture, attentive au moindre détail, au moindre silence, là où tout peut basculer. ~ Valérie DEBIEUX (12 janvier 2026)


© Photos D.R.

 
 
 

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