À Martigny, Barryland célèbre ses nouveaux-nés et la légende du Grand-Saint-Bernard
- Valérie DEBIEUX

- 30 nov. 2025
- 3 min de lecture

Il est des lieux qui réveillent instantanément notre part d’enfance, ces endroits où l’on sent battre le cœur d’une histoire vieille de plusieurs siècles. Barryland, à Martigny, appartient à ceux-là.
Dès que l’on franchit ses portes, une douceur particulière vous enveloppe : celle du pelage tiède et du regard profond des chiens du Saint-Bernard, ces compagnons légendaires qui ont veillé, durant des générations, sur les voyageurs du col du Grand-Saint-Bernard. Entre les mains expertes des gardiens/nes et l’ambiance chaleureuse du lieu, on se surprend à ralentir, à respirer, à simplement… s’émouvoir.

© Photos D.R.
Et cette année, du 1er décembre au 4 janvier 2026, Barryland offre une magie supplémentaire : la présence des tout derniers chiots Saint-Bernard. Ils trottinent, trébuchent encore un peu, apprennent le monde en mordillant une peluche ou en cherchant l’ombre bienveillante de leur mère. Les observer, c’est entrer dans un monde de confiance et d’innocence, un monde dont on ressort le cœur plus léger.
Mais Barryland ne se limite pas à la tendresse des chiots : c’est aussi un hommage vibrant à Barry, le plus célèbre de tous les Saint-Bernard. Né à l’Hospice du Grand-Saint-Bernard au début du XIXᵉ siècle, Barry devint le symbole vivant du courage et de l’abnégation. On lui attribue une quarantaine de sauvetages sur les pentes enneigées du col, où le froid, les avalanches et la solitude faisaient régulièrement vaciller les voyageurs. Dans les récits des chanoines, on retrouve l’image d’un chien infatigable, trottant dans la neige profonde, flairant le souffle ténu d’un marcheur perdu, ramenant au refuge des vies qui semblaient condamnées. Barry n’était pas un simple chien : il était une présence, une lumière. Une étoile de chaleur dans un paysage souvent hostile.
L’Hospice du Grand-Saint-Bernard, lui, veille depuis le XIᵉ siècle. Tambour battant du col, refuge de pierres et de silence, il a accueilli pèlerins, marchands, soldats et rêveurs. On imagine, dans la brume d’hiver, les silhouettes robustes des Saint-Bernard courant entre les murs, prêts à repartir, guidés par un instinct presque sacré.
À Barryland, cette épopée renaît. On y découvre les objets, les récits, les témoignages. On marche dans les traces du passé, tout en rencontrant les chiens d’aujourd’hui, héritiers précieux d’un rôle plusieurs fois centenaire.
Alors, pourquoi s’y rendre ? Parce qu’on y retrouve l’essentiel : la fidélité, la douceur, la présence animale dans ce qu’elle a de plus noble.
Parce qu’entre les murs du musée et les enclos lumineux, tout respire la générosité.Parce qu’on repart de Barryland un peu plus riche, un peu plus apaisé — et avec le souvenir ineffaçable d’avoir croisé le regard d’un chiot Saint-Bernard qui, juste un instant, vous a choisi.
Valérie DEBIEUX (30 novembre 2025)

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Extrait du « Génie du Christianisme de Chateaubriand : « Mais le voyageur des Alpes n’est qu’au milieu de sa course. La nuit approche, les neiges tombent ; seul, tremblant, égaré, il fait quelques pas, et se perd sans retour. C’en est fait, la nuit est venue ; arrêté au bord d’un précipice, il n’ose ni avancer ni retourner en arrière. Bientôt le froid le pénètre, ses membres s’engourdissent, un funeste sommeil cherchent ses yeux ; ses dernières pensées sont pour ses enfants et son épouse ! Mais n’est-ce pas le son d’une cloche qui frappe son oreille à travers le murmure de la tempête, ou bien est-ce le glas de la mort que son imagination effrayée croit ouïr au milieu des vents ? Non, ce sont des sons réels, mais inutiles ! Car les pieds du voyageur refusent maintenant de le porter… Un autre bruit se fait entendre ; un chien jappe dans les neiges, il approche, il arrive, il hurle de joie : un solitaire le suit.
Ce n’était donc pas assez d’avoir mille fois exposé sa vie pour sauver des hommes, de s’être établi pour jamais au fond des plus affreuses solitudes ; il fallait encore que les animaux mêmes apprissent à devenir l’instrument de ses œuvres sublimes, qu’ils s’embrasassent pour ainsi dire de l’ardente charité de leurs saints maîtres et que leurs cris sur le sommet des Alpes proclamassent aux échos les miracles de notre religion ! » / Citation extraite de l’ouvrage de Pascal Cazottes « Saint Bernard Eternel » (CLC Editions, 2024)




Merci pour cette invitation à nous rendre un de ces jours sur les traces du Grand-Saint-Bernard. Et aussi pour l'extrait de Chateaubriand.