"Le Cercle des poètes disparus" de Peter Weir
- Valérie DEBIEUX

- il y a 14 heures
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Pourquoi le revoir. Pourquoi ne jamais l’oublier.
Il y a des films qui ne vieillissent pas : ils s’approfondissent. Le Cercle des poètes disparus est de ceux-là. Revu aujourd’hui, il frappe autrement, plus lentement peut-être, mais plus juste. Ce n’est plus seulement un film sur la jeunesse ou la rébellion : c’est une méditation grave et lumineuse sur la liberté intérieure, le courage d’être soi, et le prix — parfois terrible — de cette audace.
Peter Weir filme l’institution comme un monde clos, presque étouffant, où chaque plan respire la discipline, la tradition, la répétition. Et puis surgit John Keating. Non pas un révolutionnaire tapageur, mais un éveilleur. Sa radicalité est douce : il invite à regarder autrement, à monter sur les tables, à lire la poésie non comme un exercice scolaire mais comme une expérience existentielle.
Carpe diem n’est pas ici un slogan : c’est un vertige.
Une émotion qui mûrit avec nous.
Lors d’un premier visionnage, on s’identifie aux élèves. À la fougue, à la fraternité, au sentiment que tout est possible. En le revoyant, on se surprend à comprendre aussi les adultes, leurs peurs, leurs compromis, leur obsession de la sécurité. Et le film devient plus douloureux — mais aussi plus profond. Il nous demande : qu’avons-nous fait de nos élans premiers ? Les avons-nous trahis, domestiqués, transmis ?
La force du film tient à son refus de la facilité. Il ne promet pas que la poésie sauve de tout. Il montre qu’elle réveille, et que se réveiller n’est jamais sans risque. La tragédie qui survient n’annule pas le message : elle le rend plus grave, plus nécessaire.
À l’heure des injonctions à la performance, des parcours balisés, des vies optimisées, Le Cercle des poètes disparus agit comme un rappel essentiel : penser par soi-même est un acte courageux, la sensibilité est une force, l’éducation devrait ouvrir, non enfermer.
Revoir ce film, c’est se réinterroger. Comme parent. Comme enseignant. Comme écrivain. Comme être humain. Un film à revoir aujourd'hui, plus que jamais.
Valérie DEBIEUX (31 janvier 2026)



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