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"Marguerite Duras, une jouissance à en mourir", Olympia Alberti

  • Photo du rédacteur: Valérie  DEBIEUX
    Valérie DEBIEUX
  • 21 janv.
  • 3 min de lecture

«Tout est devenu BLEU. C’est bleu. C’est à crier tellement c’est bleu. C’est du bleu venu des origines de la Terre, d’un cobalt inconnu. On ne peut pas arrêter ce bleu, cette traînée de poussière bleue des cimetières des enfants. On souffre. On pleure. Tout le monde pleure. Mais le bleu reste là. Acharné. Le bleu des enfants comme celui d’un ciel ».

                                                                                              Marguerite Duras     

 

Écrire. Marguerite Duras savait qu’elle écrirait. À douze ans déjà. Écrire, c’était tout. Elle écrivait l’amour, l’indicible, car «seul l’amour pouvait combler l’âme», et «seule la souffrance d’aimer pouvait ouvrir l’être». Elle devait sans doute avoir le regret du paradis qui ne pouvait se faire ici-bas. Elle n’avait de cesse de «creuser pour trouver le mot nu, le mot entier, le souffle de lumière qui enfanterait la vie sublime, et rien d’autre, la création, la joie, et rien d’autre». Écrire avec la pluie qui ruisselle sur la vitre. Écrire avec Chopin. Écrire dans une «solitude universelle» pour tout donner. Elle qui disait : «Un jour, j’aurai l’écriture. Son infini». Elle qui faisait corps avec l’écriture.


Marguerite Duras entendait ce qu’elle écrivait, comme «hurler» ou «gueuler » la mère, cette mère dont elle attendait l’amour ; cette mère au «bonheur, barré, par la mort du mari», et par ses mots, elle avait eu, très jeune, la volonté de montrer «la saleté morale des gens qui avaient pris à une pauvre veuve une vie d’économies pour lui vendre une concession pourrie, des terres incultivables, gorgées de sel, un ressassement de vagues, du rien». Mais, même sans cette mère, elle se serait mise à écrire, de toute évidence, avait-elle déclaré à Bernard Pivot, à la sortie de son ouvrage, «L’Amant», parce qu’elle avait toujours été habitée par le désir d’écrire la vie, ses passions, ses vertiges, et ses douleurs. «Avec ses mots à elle un autre monde se lèverait, elle vivrait pour écrire l’ineffable dont la vie devait s’approcher. C’était la seule loi.»


Et puis. La mort brutale du petit frère. «Pas de sépulture pour le petit frère, jeté à la fosse commune». Malgré tout cela, il a fallu avancer, «sans se débarrasser d’aucune question». «La vie l’avait dévorée» et elle s’est souvent reproché d’avoir traité son corps avec si peu d’égards ; quant à son cœur, «radeau secoué sur le Mékong de la mémoire», il a fini par se fondre dans les dérives de l’alcool. «Rilke n’affirmait-il pas que tout de nos expériences profondes s’inscrivait et se retenait dans le fleuve du sang ? L’âme seule en était la gardienne».


Marguerite Duras a aimé la vie, de tout ce qu’elle en a reçu, et de tout ce qui lui en a été refusé, elle a toujours été là, dans l’amour qu’elle portait aux autres, elle savait faire la différence entre «être» et «exister», et tout au long de son existence, elle a acquis cette «confiance absolue d’oser». Son écriture est née dans l’amour, la haine, l’injustice et la pauvreté. L’écriture lui avait donné «toute l’immensité de vivre par ce qu’elle avait rejoint cet état sublime et indicible de créer».


Marguerite Duras aimait la plume de Musset, Conrad et Melville. Elle aimait contempler la mer, aux «Roches Noires». Elle aimait le silence. Et puis. «Un visage, un mot, et ça y était, elle partait». «Tout tenait dans sa main, parce que rien n’avait quitté son cœur».


Olympia Alberti s’est plongée, le temps de l’écriture d’un ouvrage, dans la peau de Marguerite Duras. Il fallait oser. Pari réussi. Le récit est élégant, vif, stylé, brillant et remarquable de talent. Un livre d’amour pour une femme de plume qui n’a eu de cesse de «diluer le verbe, le donner, le lâcher», à la recherche de clefs pour ouvrir les portes d’un amour fou. Pour une plume qui, d’un trait, donnait et disait tout, sans fausse note, dans sa mélodie. Un bijou ! Grâce à Olympia Alberti, Marguerite est de retour parmi nous. 

 

Valérie DEBIEUX (2014)


(Le Passeur Éditeur, février 2014, 176 pages)


 
 
 

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