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Hélène Grimaud, ou l'art de venir d'ailleurs...

  • Photo du rédacteur: Valérie  DEBIEUX
    Valérie DEBIEUX
  • 20 janv.
  • 2 min de lecture

 

Il est des soirs où le temps consent à se taire. Lundi 19 janvier 2026, à la Fondation Pierre Gianadda, le silence n’était pas une absence, mais une attente — dense, presque palpable. Lorsque Hélène Grimaud est entrée en scène, une impression s’est immédiatement imposée : celle d’une présence qui excède le cadre, d’un être qui ne se contente pas d’interpréter, mais qui habite la musique.


Le programme réunissait les trois « B » de la musique classique, mais ce fil alphabétique n’avait rien d’un exercice de style. Il devenait un chemin intérieur, un voyage d’élévation et de dépouillement.


Avec la Sonate n°30 en mi majeur op. 109 de Ludwig van Beethoven, Hélène Grimaud a ouvert un espace de respiration rare. Le toucher, à la fois concentré et libre, faisait vaciller la perception même du temps. Chaque phrase naissait avec une évidence presque organique, comme si la pianiste pensait la musique au moment même où elle la faisait advenir.


Puis vint Johannes Brahms, dans toute sa profondeur nocturne. Les Trois Intermezzi op. 117 ont été murmurés plus que joués, portés par une intériorité bouleversante, tandis que les Sept Fantaisies op. 116 révélaient une palette infinie de couleurs et de contrastes. Là encore, Hélène Grimaud ne se plaçait jamais face à l’œuvre, mais en elle. Elle en épousait les replis, les tensions, les silences — ces silences si pleins, si habités, qui disent parfois davantage que les notes.


Et puis il y eut la Chaconne. La Chaconne de la Partita pour violon n°2 en ré mineur BWV 1004 de Johann Sebastian Bach, dans l’arrangement pour piano de Ferruccio Busoni, a pris des allures de sommet. Une architecture vertigineuse, mais jamais écrasante. La pianiste y avançait avec une humilité souveraine, faisant corps avec la polyphonie, laissant affleurer une gravité lumineuse, presque métaphysique.


Hélène Grimaud dit souvent qu’elle a l’impression de venir « d’ailleurs ». Ce soir-là, cet ailleurs n’était ni abstraction ni mystère : il se donnait à entendre. Dans son jeu, le corps et l’esprit ne faisaient qu’un. Chaque mouvement, chaque respiration, chaque infime nuance témoignait d’une fusion totale avec ce qu’elle interprétait. Elle ne traversait pas les œuvres — elle les incarnait.


À la fin du concert, la générosité fut à la mesure de l’intensité vécue. Refusant de rompre trop vite le lien tissé avec le public, elle est revenue encore et encore, offrant des bis comme autant de gestes de gratitude. Une véritable osmose s’était créée entre la pianiste et la salle, un dialogue muet mais ardent, fait de regards, de silences et d’émotion partagée.


Ce fut un triomphe, oui. Mais surtout, une soirée inoubliable — de celles qui laissent une trace durable, intime, et rappellent pourquoi la musique, lorsqu’elle est ainsi transcendée, demeure l’un des plus puissants langages de l’âme.

 

Valérie DEBIEUX (20 janvier 2026)


©Photo D.R.


Tournée en Suisse 2026


Mercredi 21 janvier 2026


Vendredi 30 janvier 2026,

Samedi 31 janvier 2026

Dimanche 1er février 2026


Jeudi 5 février 2026 - 19h30




 
 
 

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