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  • Photo du rédacteurValérie DEBIEUX

"Anne F.", Hafid Aggoune

Dernière mise à jour : 13 juin

« J’aime à croire que les étoiles sont des innocents au firmament, des âmes libérées, éloignées à jamais de l’enfer terrestre, assez proches pour en contempler ce qui reste d’admirable et que nous puissions les voir pour ne jamais oublier la bonté et la beauté ».

- Hafid Aggoune 


Paris, de nos jours. Dans la classe d’un lycée, un élève brûle, avec son briquet, un coin du « Journal d’Anne Frank », il est expulsé de l’école. Quelque temps plus tard, il commet un attentat. Cet acte odieux génère auprès du professeur qui l’a exclu de sa classe, une remise en question de son propre comportement ainsi qu’une série de questions à spectre à la fois plus large et plus intime. Ce questionnement intérieur le conduit donc à emprunter un chemin cathartique particulier, celui consistant à rédiger une lettre à Anne Frank, «sa petite sœur juive », disparue à quinze ans à Bergen-Belsen : « Comment aurais-je pu imaginer que mon meilleur élève puisse se changer en bourreau ? Qu’il faisait partie de ce genre de personnes qui ont suivi un fou à ton époque, de ces monstres pour qui la vie d’autrui n’est rien ? […] Jahrel était devenu un élève prometteur, ouvert, souriant, généreux, curieux, avide de lectures. Mais en deux mois, il s’est transformé. […] je me suis pris à penser que l’étranger n’est pas celui qui vient d’ailleurs, mais celui qui s’éloigne de nous. […] Si je ne l’avais pas expulsé, j’aurais eu le temps de lui faire apprécier ton Journal, de lui donner confiance en la fraternité, éveiller cette compassion qui manque tant au monde et que chaque élève devrait porter, au nom de toutes les souffrances et de tous les peuples. […] Si le Mal entre au cœur d’une personne, le Bien peut prendre le même chemin. J’ai échoué, alors que nous portions l’amour de la littérature en commun ».

 

Cette lettre se transforme en quelque sorte en révélateur : celle-ci lui permet de reconsidérer sa propre existence au travers de celle d’Anne Frank qui, par effet de miroir contrastant, met en évidence les failles de son propre comportement. Ainsi, qu’il s’agisse de ses actes, de ceux de ses proches ou, plus particulièrement de ceux de son père, ils sont tous perçus à travers un prisme différent, celui de la transfiguration. Les incompréhensions, les jugements hâtifs, les préjugés, les erreurs d’appréciation glissent dans les oubliettes, et peu à peu, se fait jour une perception plus ouverte, plus compréhensive et plus tolérante des actes d’autrui.

 

L’amour joue son rôle, celui d’un remarquable constructeur. Il palie les carences, comble les vides, donne à la réalité sa juste lumière et permet ainsi à l’homme, en particulier au professeur, de guérir de ses blessures passées et à la paix de s’installer dans son cœur : « Anne, tu as goûté au miel de la vie sans t’y plonger, enveloppée par son parfum sans t’y baigner, éternel printemps avalé par un hiver infini, promesse d’amour sans fin du monde, des autres, de la vie. […] Les morts ne relèvent pas les vivants et les vivants ne relèvent pas les morts. Il ne reste que la mémoire. Si je me souviens, je suis vivant. Si je suis vivant, l’humanité se souvient. […] Tenir à la vie, jusqu’à la fin, l’espoir chevillé au désespoir comme une ombre qui prouve que le soleil n’est pas un mirage ».

 

Le dernier ouvrage d’Hafid Aggoune est un très beau plaidoyer en faveur de l’ouverture à l’Autre et de l’importance que l’Amour doit prendre dans les rapports humains. Que chacun essaie de comprendre l’Autre, de s’en rapprocher et de le respecter, voilà quelques prémices propres à favoriser une vie harmonieuse en ce Monde.

 

Ce livre est un message universel d’amour, de paix et d’espoir. Son écriture poétique ne manque pas d’enchanter le lecteur. Un ouvrage à mettre entre toutes les mains.    



Valérie DEBIEUX (2015)




(Actuellement indisponible chez Plon, mais toujours disponible en "Format Kindle")

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