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"Pedregalejo, l'autre Málaga", Valérie Debieux

  • Photo du rédacteur: Valérie  DEBIEUX
    Valérie DEBIEUX
  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture


Il existe un Málaga que les guides évoquent à peine.

Ce n'est ni celui de Picasso, ni celui de l'Alcazaba, ni celui des terrasses animées du centre historique.


C'est un Málaga silencieux.

Un Málaga qui s'aborde à pied.

Celui de Pedregalejo.


J'avais quitté le front de mer pour m'engager dans une ruelle étroite dont les murs portaient les cicatrices du temps. Les enduits ocre s'effritaient par endroits, laissant apparaître la vieille maçonnerie. À droite, un mur de pierre semblait avoir traversé les siècles. Au-dessus de moi, un ancien réverbère en fonte projetait son bras ouvragé dans le vide, comme une main tendue vers un autre temps.


L'escalier montait doucement.

Chaque marche semblait éloigner un peu plus le bruit de la ville.

On entendait seulement quelques oiseaux, le froissement des feuilles et, de loin en loin, le souffle discret de la mer.

Puis, en levant les yeux, elle apparut.

La Méditerranée.

Un mince ruban d'azur entre les toits.

Une apparition plus qu'un paysage.

Comme une récompense offerte au promeneur.



Je poursuivis mon chemin.

Et soudain, Pedregalejo dévoila ses trésors.

Non pas des palais.

Des villas.


Des maisons bâties au début du XXᵉ siècle, lorsque la bourgeoisie malaguène venait chercher ici le calme, les jardins et la fraîcheur des soirées d'été.


Elles sont encore là.

Comme si elles attendaient le retour de leurs premiers propriétaires.

La première à m'accueillir fut Villa Clara.



Sa façade rouge éclatait sous le soleil andalou. Les balustrades d'un blanc immaculé dessinaient une partition de lumière, tandis que son grand escalier semblait conduire tout droit vers une terrasse où l'on imaginait des conversations infinies, des robes claires flottant dans la brise, un piano laissant échapper quelques mesures de Chopin.


Villa Clara respirait la joie.


Elle donnait envie de recevoir des amis, d'ouvrir grand les fenêtres et de laisser entrer le parfum des jasmins.


Quelques rues plus loin, l'atmosphère changeait.


Villa Pama semblait avoir choisi le silence.



Derrière son haut portail de fer noir, ses cyprès et ses tuiles vernissées vert émeraude, elle cachait jalousement ses jardins.


C'était une demeure de secrets.


Je l'imaginais habitée par une famille cultivée, passionnée de littérature, recevant quelques artistes venus de Madrid. Une maison où les bibliothèques occupaient davantage de place que les salons de réception.


Puis apparut Villa El Rosario.

Quelle élégance.



Sa tour dominait les arbres comme un belvédère ouvert sur la Méditerranée. Ses larges avant-toits, ses pierres blondes et ses volets clos donnaient à l'ensemble quelque chose de presque italien.

Je crus entendre des voix.

Peut-être celles d'un professeur de philosophie, d'un médecin passionné de botanique, d'un peintre revenu de Paris.

Le soir, les fenêtres devaient s'ouvrir sur le jardin tandis qu'un violon accompagnait les conversations qui se prolongeaient sous les étoiles.

Je repris ma marche.


Au détour d'une avenue apparut Villa Martina.

Elle m'émut immédiatement.




Peut-être parce qu'elle ne cherchait pas à impressionner.

Tout y semblait parfaitement équilibré.

Les briques blondes, les céramiques vernissées, les balcons de bois sombre, les grands avant-toits peints de vert composaient une architecture paisible, où chaque détail semblait avoir trouvé naturellement sa place.

Devant elle fleurissait un frangipanier.

Son parfum flottait doucement dans l'air chaud.

Je compris alors que certaines maisons ne sont pas seulement construites.

Elles sont composées.

Comme une œuvre musicale.

Quelques pas encore.


Et voici Villa Valdecilla.

La plus majestueuse.




Sa haute toiture, sa flèche élancée, ses persiennes vert sombre, ses balcons délicats lui donnaient l'allure d'une résidence aristocratique de la Riviera.

Au-dessus d'elle, un immense araucaria déployait ses branches comme un vieux gardien.

Il devait avoir vu arriver les premières automobiles, entendu les rires des enfants courant dans les jardins, observé les générations se succéder sans jamais quitter son poste.

Je restai longtemps devant cette maison.

Il y avait dans cette demeure une noblesse tranquille.

Rien d'ostentatoire.

Seulement la beauté des proportions, le dialogue entre l'architecture et les arbres, entre la pierre et la lumière.

Je poursuivis ma promenade jusqu'au sommet de la rue.

Le vieux réverbère réapparut.

Je m'approchai.

Son métal noir, travaillé avec une finesse d'orfèvre, semblait avoir résisté à toutes les tempêtes du siècle.

Au-delà des toitures, la mer brillait.

Toujours présente.

Jamais envahissante.

Simplement là.

Comme une respiration.


Je compris alors que Pedregalejo n'était pas seulement un quartier.

C'était un état d'esprit.


Celui d'une époque où les maisons dialoguaient avec leurs jardins, où les architectes savaient laisser entrer la lumière sans chasser l'ombre, où l'on construisait des demeures pour vivre longtemps plutôt que pour impressionner.


En redescendant vers la plage, je me retournai une dernière fois.


Les villas disparaissaient peu à peu derrière les pins, les bougainvilliers et les jacarandas.

Le vieux réverbère semblait monter la garde sur cette ruelle oubliée.

Et je me surpris à penser que les plus beaux voyages ne sont pas toujours ceux qui conduisent vers les monuments les plus célèbres.


Ce sont parfois ceux qui nous invitent à pousser une porte entrouverte, à gravir quelques marches usées par le temps, puis à laisser notre imagination peupler de voix, de rires et de lumière des maisons qui, depuis plus d'un siècle, continuent de raconter, en silence, l'âme d'une ville.



Valérie DEBIEUX (11 juillet 2026)



©Photographies Valérie Debieux

 
 
 

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