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  • Photo du rédacteurValérie DEBIEUX

"Van Gogh... pour planer au-dessus de la vie", Karin Müller

Dernière mise à jour : 4 juin


« Les idées pour le travail me viennent en abondance et cela fait que tout en étant isolé je n’ai pas le temps de penser ou de sentir. Je marche comme une locomotive à peindre » - Van Gogh (Lettre 680 vers le 11 septembre 1888)


Van Gogh, une énergie éblouissante, un talent hors norme, une « écriture picturale » parfaitement maîtrisée, une capacité de peindre exceptionnelle, tournant à l’obsession. Pénétrer dans le monde de Van Gogh, c’est entrer au pays des superlatifs. Il peint comme on écrit : « […] quelquefois les touches viennent avec une suite et des rapports entre eux comme les mots dans un discours ou dans une lettre » (lettre 631 du 25 juin 1888). Ainsi, alors qu’il a installé son tréteau à Auvers-sur-Oise, il produit près de soixante-dix toiles en l’espace de soixante-huit jours. Gauguin en est impressionné.

 

Van Gogh, c’est d’abord un enfant passionné par tout ce qui l’entoure : la nature, les insectes, les chenilles, les plantes, les fleurs et les livres. La littérature est aussi importante à ses yeux que la peinture : « Je me noie dans les poèmes de John Keats, je dévore George Eliot, la romancière anglaise qui dut prendre un prénom masculin pour être prise au sérieux, Victor Hugo et ses misérables, Ernest Renan… »

 

Van Gogh, c’est ensuite un excellent marchand d’art, polyglotte – il parle couramment quatre langues (néerlandais, anglais, français et allemand). « Le monde de l’art appartient aux Van Gogh ». Les affaires fleurissent, le jeune homme est envoyé à Londres. Place marchande importante, Londres, c’est aussi le lieu de la première désillusion amoureuse de Van Gogh. À compter de cette déception sentimentale, il ne sera plus jamais le même. Il quitte Londres et se désintéresse peu à peu de son travail. Construire une vie de famille ne l’intéresse plus. Il aspire au changement. Il songe même à devenir pasteur. Sa vie se transforme.

 

Van Gogh, c’est enfin la descente aux enfers. Sa seule compagne, sa seule consolation, la peinture : « J’ai travaillé sans relâche. Je n’ai pas cherché à représenter le monde tel qu’il est mais j’ai essayé d’exprimer ce que je ressentais face à lui. Ma façon à moi de crier ma révolte face à la société. Ma façon à moi de hurler. Mon art est le témoignage le plus fidèle de ma vie. Le plus révélateur. Je suis « ce qu’est mon travail ». J’ai toujours voulu « peindre ce que je sentais et sentir ce que je peignais ». Je cède devant la vie. La mort n’est pas ce qu’il y a de plus difficile. Il est parfois mieux d’être Prométhée que Jupiter. Vaincu que vainqueur. Je pense, en fermant les yeux, à ces vers d’Alfred de Vigny : « Seigneur vous m’avez fait puissant et solitaire, Laissez-moi m’endormir du sommeil de la terre ». J’ai rêvé d’être peintre. Mais la vie a dévoré mon rêve. « Je n’avais qu’un seul but dans ma vie. Faire des tableaux doués d’immortalité ».

 

Après les biographies de Nicolas de Staël, Edward Hopper et Henri Matisse, Karin Müller présente avec succès celle de Van Gogh. Un texte rythmé, riche en anecdotes, humain et émouvant. Imprimé sur papier glacé aux Editions Michel de Maule, le récit de Karin Müller constitue un témoignage vivant de l’immensité du génie de Van Gogh.



Valérie DEBIEUX (2014)

 

(Michel de Maule, mai 2014, 120 pages)

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