"Au MIMMA de Málaga, la musique prend vie", Valérie Debieux
- Valérie DEBIEUX

- 11 juil.
- 3 min de lecture

À Málaga, il existe un musée où l'on vous demande de faire exactement le contraire de ce que l'on attend d'un visiteur.
En franchissant le seuil du Museo Interactivo de la Música (MIMMA), installé dans le magnifique Palais du Comte de las Navas, une inscription surprend immédiatement le visiteur : « Se ruega tocar. Please, play. »
Veuillez toucher.
En quelques mots, toute la philosophie du lieu est résumée.
Ici, les instruments ne sont pas de simples objets enfermés derrière des vitrines. Ils continuent de vivre.
Le palais du XVIIIᵉ siècle qui abrite le musée semble avoir été conçu pour cela. Les hauts plafonds, les salons élégants, les escaliers de pierre et la lumière qui filtre par les fenêtres offrent un écrin remarquable à cette collection exceptionnelle réunie par le musicologue malaguène Miguel Ángel Piédrola. Plus d'un millier d'instruments provenant des cinq continents témoignent de l'extraordinaire diversité des cultures musicales du monde.

Mais ce qui distingue véritablement le MIMMA, ce n'est pas l'abondance de ses collections.
C'est l'expérience.
À mesure que l'on progresse de salle en salle, la musique cesse d'être une discipline réservée aux spécialistes pour redevenir ce qu'elle fut toujours : un langage universel.
On découvre les premiers instruments fabriqués par l'humanité, les flûtes en os du Paléolithique, les percussions africaines, les gongs asiatiques, les cordes orientales, les claviers européens, les pianos des manufactures malaguènes du XIXᵉ siècle, les guitares espagnoles… Chaque civilisation semble raconter son histoire par le son.
Puis vient l'inattendu.
On peut jouer.
Essayer.
Comparer.
Faire vibrer une corde.
Écouter une résonance.
Comprendre avec ses mains autant qu'avec ses oreilles.
Combien de musées permettent encore une telle proximité avec leurs collections ?
Le MIMMA rappelle que la musique n'est pas née dans les vitrines, mais entre les doigts des hommes.
Et soudain, tout s'anime.
Un médiateur saisit une guitare.
Quelques accords résonnent.
Puis une danseuse entre dans la salle.
Le silence s'installe.
Le flamenco commence.
Quelques frappes de talons suffisent.
Le plancher devient un instrument à part entière.
Chaque mouvement dialogue avec la guitare. Les palmas rythment l'espace. Le corps entier devient musique.
Le flamenco ne se contente pas de s'écouter.
Il se voit.
Il se ressent.
Il se vit.
Dans cette démonstration, il n'y a rien d'artificiel ni de folklorique. Tout semble naître de l'instant. Le regard de la danseuse, la tension des bras, le claquement précis des chaussures, les silences eux-mêmes composent une véritable architecture sonore.
On comprend alors pourquoi l'Andalousie considère le flamenco comme une part essentielle de son identité.
Il ne s'agit pas seulement d'un spectacle.
C'est une mémoire.
Une manière de raconter les joies, les blessures, l'attente, la fierté et la liberté.
En quittant la salle, je regardais différemment les centaines d'instruments exposés.
Ils n'étaient plus des témoins silencieux de civilisations anciennes.
Ils étaient devenus des voix.
Le MIMMA réussit ce miracle discret : il nous rappelle que derrière chaque instrument se cache un être humain. Un artisan qui l'a façonné. Un musicien qui l'a fait vibrer. Une culture qui lui a donné naissance.
C'est sans doute là le véritable génie de ce musée.
Il ne raconte pas seulement l'histoire de la musique.
Il raconte l'histoire de l'humanité.
En ressortant dans la chaleur lumineuse de la calle Beatas, les notes de guitare semblaient encore m'accompagner.
Je compris alors que la musique possède un privilège que peu d'arts peuvent revendiquer.
Lorsqu'elle est authentique, elle ne quitte jamais vraiment celui qui l'a entendue.
Elle continue longtemps de résonner.
Comme un écho invisible.
Comme le souvenir d'une journée où, dans un palais du cœur de Málaga, les instruments avaient cessé d'être des objets pour redevenir ce qu'ils ont toujours été : des passeurs d'émotions.
Valérie DEBIEUX (11 juillet 2026)
©Photographies et vidéo Valérie Debieux



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